Dimanche 6 septembre 2009
7
06
/09
/Sep
/2009
02:21
L'éternité, cet invisible que nous regardons
"Les grandes oeuvres sont des formes visuelles qui atteingnent en nous à la certitude d'une intemporelle adéquation.
L'évidence que certaines formes, sous l'aspect particulier que leur donnent leurs créateurs, traversent l'histoire de l'Art et, en filigrane du génie individuel, constituent autant de facettes du génie universel, a quelque chose de profondément troublant. Quelle congruence entre un Claesz, un Raphaël, un Rubens et un Hopper? En dépit de la diversité des sujets, des supports et des techniques, en dépit de l'insignifiance et de l'éphémère d'existences toujours vouées à n'être que d'un seul temps et d'une seule culture, en dépit encore de l'unicité de tout regard, qui ne voit jamais que ce que sa constitution lui permet et souffre de la pauvreté de son individualité, le génie des grands peintres a percé jusqu'au coeur du mystère et a exhumé, sous divers apparences la même forme sublime que nous cherchons en toute production artistique. Quelle congruence entre un Claesz, un Raphaël, un Rubens et un Hopper? L'oeil y trouve sans avoir à la chercher une forme qui déclanche la sensation de l'adéquation, parce qu'elle apparaît à chacun comme l'essence du Beau, sans variation ni réserve, sans contexte ni effort."
Muriel Barbery, "L'élégance du Hérisson".